
L’histoire d’une Vision
Il y a un souvenir qui revient, quand je pense à aujourd’hui.
Une petite fille avec un carnet & un appareil photo –un olympus-. Des chats croisés par hasard, des chevaux aperçus derrière une clôture. Elle les photographiait, notait l’endroit & la date dans son carnet. Et quand c’était possible, elle glissait entre les pages quelques poils, quelques crins, adorables preuves d’une caresse échangée, d’une rencontre qui avait vraiment eu lieu.
Elle voulait les apprivoiser. Parler leur langage. Enfant, elle rêvait d’être une elfe, elle avait d’ailleurs une cape et aimait s’inventer des aventures dans les bois, comme dans l’univers de Tolkien. Sage & gracieuse, pleine de savoirs anciens, en lien profond avec la nature & tout ce qui l’habitait… Et Rinvendell comme foyer.
Ce qu’elle cherchait sans encore pouvoir le nommer : entrer en contact avec ce qui est vivant. En garder une trace. Ne rien laisser disparaître sans l’avoir regardé vraiment.
Cette petite fille, c’était moi.
Et bien sûr, on pourrait dire de moi que je suis quelqu’un de nostalgique, je ne vous le cache pas c’est très probablement vrai : je vis pour créer des souvenirs. Je suis très attachée aux mots, à la poésie des petits riens, au cinéma de la vie & à ce qu’il distille en poésie.

Avant les mariages, il y avait des mots et des images
Quand tout a vraiment commencé j’étais alors expatriée en Belgique, ce plat-pays qui m’a vue devenir jeune adulte.
Étudiante & isolée, coupée de ma famille, de mes amis d’enfance, de ce territoire alpin qui était le mien depuis toujours. Il y avait un grand élan créatif en moi qui cherchait par où sortir : le dessin, l’écriture, les blogs… Tumblr, Skyblog, ces espaces un peu chaotiques & magnifiques où l’on apprenait à illustrer ses pensées, à mettre des mots sur des images mentales, à exister dans un format qu’on inventait soi-même.
Mais à force, ces langages me semblaient insuffisants. Il manquait quelque chose. Une dimension qui impliquerait l’autre. Qui créerait du lien autant que du sens.
Alors j’ai demandé à des amis de “poser” pour moi. (en vérité on se promenait jusqu’à un endroit inspirant et on expérimentait)
J’ai englouti toutes mes économies dans l’achat d’un Nikon D90, mon tout premier “vrai” boîtier. Puis j’ai trouvé, en seconde main, un 50mm f/1.8 : l’objectif à l’échelle de l’œil humain. Je me rappelle encore de cette expédition pour aller le chercher comme d’une petite victoire sur l’incertitude. L’appareil dans les mains, enfin, lourd, réel, concret.
Les premières séances se passaient dans les bois, avec des amis que j’aimais & en qui j’avais confiance. Une atmosphère à construire, quelque chose d’onirique & de végétal. Il fallait prévoir un lieu, penser la lumière, écrire l’histoire dans sa tête, puis voir si la réalité acceptait de rejoindre la vision.
C’est là que j’ai compris quelque chose de fondamental sur moi.
Ce que j’aimais, c’était l’assemblage. Prévoir, puis lâcher. Imaginer, puis faire confiance à ce qui arrivait. Ces séances me donnaient une respiration que je ne trouvais nulle part ailleurs. Donner corps à des visions : c’est la formule la plus juste que j’aie trouvée pour décrire ce que je cherchais alors. C’est encore aujourd’hui la formule la plus juste pour décrire ce que je fais.
Une féroce sentimentalité

Grande romantique dans l’âme, que ce soit dans les livres, les films, la musique, j’ai cette inclination pour les romances épiques, belles, qui traversent le temps & bravent l’adversité. J’ai une féroce sentimentalité pour les âmes rêveuses, les personnes vraies, prêtes à embrasser l’aventure où qu’elle se trouve. En pleine jungle urbaine ou au sommet des montagnes, tout est un terrain de jeu du moment que l’espace vous parle & vous reflète.
Être photographe de portrait & de mariage me permet de relier tout cela. De condenser en images tout ce qui me fait chavirer, pour raconter votre lien & vos moments. Avec douceur & sincérité.
L’amour des histoires ne m’a jamais quittée. Après plusieurs années à accompagner des amoureux & capturer leur union, aujourd’hui, ce sont finalement les histoires d’amour qui ne me quittent plus.
Pas uniquement les histoires de mariage. Toutes les histoires d’amour. Celles qu’on se raconte à deux dans une crique en novembre. Celles qu’on relit dans un couloir avec des photos encadrées. Celles qu’on porte dans son corps enceinte, avant un nouveau chapitre qui va tout bousculer. Celles qu’on scelle en altitude, un an après, avec des vœux qu’on n’avait jamais eu le temps de lire. Celles qu’on célèbre vingt-ans après à l’étranger pour se redire combien nos sentiments ont grandi et se sont resserrés avec le temps.
Quelques détails qui me ressemblent
Pour ceux qui aiment savoir à qui ils ont affaire.
Je viens des montagnes, que j’aime profondément. Mais j’ai une fascination infinie pour l’océan, comme si cet être inexplicable (que j’aime appeler “Dear blue one”) me manquait depuis toujours. Ma couleur préférée est le bleu, sans surprise. Je porte toujours du noir. Je bois du thé, du café, & je raffole d’un whisky fumé quand l’a nuit l’instant s’y prête.
J’adore les animaux, depuis toujours & sans réserve. J’ai partagé ma vie avec des chiens (braques allemands, teckels..), des mandarins & des poissons. Et un jour, quand je pourrai offrir une belle vie dans un cadre adapté, il y aura un braque de Weimar (c’est une promesse que je me suis faite).
Je collectionne les photos de ciel. Depuis longtemps. Partout où je vais. C’est peut-être le seul sujet que je n’ai jamais arrêté de photographier.
Et enfin, l’humain et sa palette de couleurs me fascine…
Avoir un pied entre les mondes

Lors d’une conférence organisée par Cocktail the Conv à Lyon, Nathanaël a évoqué ce qu’il appelle “la pudeur de l’intrus” : être là où on ne devrait pas vraiment être, mais assez invisible pour qu’on vous oublie.
Cette formule m’a traversée comme une reconnaissance.
C’est exactement ce que je vis à chaque séance, à chaque mariage. Présente, pleinement, avec toute mon acuité & ma sensibilité. Et en même temps effacée, en sourdine, créant l’espace pour que ce qui doit se passer puisse se passer sans que ma présence ne le perturbe.
Avoir un pied entre les mondes, c’est ma façon d’être au travail. Mais c’est aussi ma façon d’être au monde plus largement.
Entre le professionnel & le personnel, dont la frontière devient parfois poreuse de la plus belle façon qui soit. Entre le témoin & le participant, celui qui observe & celui qui ressent. Entre l’artiste & l’artisan. Entre mon territoire de Chartreuse & les destinations qui me font partir loin, l’Ecosse, la Crète, le Pays de Galles, et tous les endroits que je n’ai pas encore vus.
C’est dans cet entre-deux que je travaille le mieux. Là où rien n’est tout à fait fixé, où la curiosité reste entière, où je peux me laisser surprendre par ce que je ne savais pas que je cherchais.
Révéler plutôt que diriger
Il y a une chose que j’ai comprise très tôt.
Quand on demande à quelqu’un de se placer face à un objectif, juste ça, sans rien d’autre, on lui demande quelque chose d’extraordinairement difficile. S’exposer en pleine lumière, sans filet, sans rôle. La pudeur ne disparaît pas sur commande. L’authenticité non plus d’ailleurs.
Ce que j’avais trouvé intuitivement dans ces premières séances dans les bois, c’était autre chose : donner à la personne un contexte. Une histoire à habiter. Un prétexte narratif qui déplace l’attention de l’objectif vers quelque chose qui lui appartient davantage.
Quand quelqu’un a quelque chose à être, même fugacement, la pudeur trouve par où s’estomper. Le corps se dépose. Le regard change. Et c’est précisément dans cet espace-là que quelque chose de vrai devient possible.
Je ne construis pas une image de vous. Je cherche celle qui existe déjà. C’est ce que j’explore aussi, depuis quelques années, à travers le Projet Relief.s : cartographier les corps, les reliefs, ce que la peau garde sans qu’on le lui ait demandé.

Un regard formé entre deux territoires
La Belgique est une période formatrice que j’assume pleinement. Non pas malgré l’isolement qu’elle a représenté, mais en partie grâce à lui.
C’est souvent dans les espaces de manque qu’on apprend à se construire des ressources intérieures. À trouver du sens là où il n’est pas donné d’avance. Cette capacité-là, trouver la poésie dans ce qui résiste, regarder avec attention ce qu’on risquerait de traverser sans voir, je la dois en partie à ces années-là.
Et puis il y a les Alpes. La Chartreuse, exactement, ce massif discret entre Grenoble et Lyon. Des forêts profondes, des lumières qui changent d’heure en heure selon les crêtes, une verticalité qui réorganise le regard. C’est mon territoire d’ancrage. Celui où quelque chose se calme & s’aiguise à la fois.
Mais je ne suis pas seulement d’ici.



Il y a en moi un besoin du voyage qui n’est pas un luxe, c’est une nécessité organique. Je travaille en Rhône-Alpes, entre Annecy, Grenoble, Lyon, en Savoie, en Haute-Savoie, en Drôme, en Suisse. Et je pars plus loin quand les couples m’y invitent : pour des mariages destination en Crète, au Pays de Galles, et demain dans tous les endroits que je n’ai pas encore vus.
Je vous suis partout où je ne suis jamais allée.
Ce que je fais aujourd’hui, et pourquoi ça ressemble à tout ça
Photographe de mariage intimiste, de portrait & de lifestyle en Rhône-Alpes : la formule est simple. Ce qui est derrière l’est moins.
Mon travail se déploie sur plusieurs registres qui, en apparence, semblent distincts et qui, en réalité, parlent tous le même langage.
Il y a les mariages & les elopements, en France et à l’étranger, pour des couples qui veulent être accompagnés vraiment plutôt que simplement documentés. Il y a les séances couple, les séances famille, les maternités, les naissances, ces moments de vie qui méritent qu’on leur accorde du soin & de l’attention. Il y a les portraits, individuels ou artistiques, où la question centrale est toujours la même : comment créer l’espace pour que quelqu’un se laisse voir ?
Et puis il y a le Projet Relief.s, cette exploration plus personnelle & artistique du corps en mouvement, des reliefs que la vie trace sur la peau, de ce que nos corps portent sans qu’on le leur ait jamais demandé. Ce projet-là est peut-être celui qui dit le mieux ce que je cherche dans tout le reste : révéler ce qui était déjà là, avec douceur, sans jamais forcer.
Il y a aussi les projets créatifs collaboratifs, comme ce journal intime de couple que je construis avec Yann, vidéaste de mariage chez Of Skin and Souls, pour créer avec les couples quelque chose qui ressemble à un carnet de voyage intime plutôt qu’à un reportage classique.
L’écriture n’a pas disparu non plus. Elle a simplement trouvé ses espaces : ce journal que vous lisez en ce moment, les quatre comptes Instagram qui sont chacun un registre différent d’une même voix, Les histoires d’amour sur @lorelyne.love.stories. Les portraits & l’onirisme sur @lorelyne_albedo. Le corps & ses reliefs sur @projet_relief.s. Et les mots qui débordent sur @wearyourwoundswith_poetry.
Et il y a ma fille. Devenir maman a changé quelque chose dans ma façon de regarder, dans l’urgence que je mets à préserver les moments, dans la certitude viscérale que les images comptent longtemps après qu’on les a faites.

Ce que j’espère laisser…
Pas des prestations... Des traces invisibles, des marqueurs de temps.
Des images qui n’auront pas de rides et qui sauront vous rendre le coeur souriant et les yeux humides en restituant une sensation exacte : la texture d’une journée, la qualité d’un silence partagé, la façon dont vos gestes se sont exécutés sans y penser. Des photos qui vieillissent bien parce qu’elles n’ont jamais cherché à être parfaites, seulement à être vraies.
La petite fille nostalgique qui glissait des crins de cheval dans son carnet voulait déjà ça : que rien ne disparaisse tout à fait. Que le passage soit consigné quelque part. Que le regard posé sur les choses leur donne, rétrospectivement, un peu plus de substance.
Avoir un pied entre les mondes, c’est peut-être ça en définitive : ne jamais appartenir entièrement à ce qu’on observe, pour pouvoir le voir & le regarder vraiment. Être assez proche pour ressentir, assez distant pour ne rien manquer.
C’est ce que je fais encore, à chaque mariage, à chaque séance, à chaque article de ce journal. Mon métier c’est de porter de l’attention là où les choses nous échappent.
Si quelque chose dans ces mots résonne avec ce que tu cherches, je serais sincèrement heureuse qu’on en parle et je t’invite à m’écrire par ici
With love,
Lorelyne.

Séance à quatre mains par Lorelyne x Yulika Sève