Dix ans pour un centième de seconde

Dix ans pour un centième de seconde

Un centième de seconde. 1/100.

C’est le temps qu’il faut à un déclencheur pour s’ouvrir et se refermer. Trop rapide pour que l’oeil humain ne le perçoive. Suffisamment long pour que la lumière entre, se pose sur le capteur, et fixe quelque chose qui existait et s’est déjà évaporé.

Ce geste-là, les photographes l’ont dans les doigts. On ne le pense plus, on le sent. Le bon moment, la bonne pression, ce quelque chose d’imperceptible qui dit maintenant.

Ce qu’on ne voit pas dans ce 1/100, c’est ce qui l’a rendu possible.

Ce qui se dépose, couche après couche

Je ne sais pas exactement d’où vient ce réflexe-habitude.

Des boîtes entières remplies de mes correspondances d’enfant, cartes postales, lettres, mots échangés en classe. Des tickets de cinéma encore écrits en francs, un ticket de train, de concert, mais aussi plus récemment des cartes de visite, des coquillages, des notes de restaurant d’un endroit qui n’existe peut-être plus.

Ce n’est pas de l’accumulation pour le plaisir. C’est plus précis que ça : ces objets-là activent une mémoire en moi. Ils me ramènent à un endroit où j’ai vécu quelque chose de fort, avec une précision que la mémoire seule n’aurait pas su tenir entre ses mains fantomatiques. La matière comme raccourci vers ce qui compte.

Le souvenir est pour moi dans la matière & dans les sens. L’odeur, le toucher, l’image.

C’est ce que j’explore en ce moment dans ma nouvelle lubie de junk journal : assembler ces morceaux de tout & rien, de couleurs, textures, débris, morceaux cassés à moitié oubliés & leur donner une forme. Transformer ce qui semblerait anecdotique en quelque chose qui ressemble à une vérité personnelle plus esthétique.

Je ne travestis pas le moment, je lui donne un nouvel environnement où les couleurs se répondent ou s’entrechoquent avec plus ou moins de bon goût. Un peu comme Tumblr à l’époque, cet espace chaotique où tout pouvait coexister du moment que quelque chose le tenait ensemble.

Bureau de photographe avec objets personnels, carnets et matières, regard éduqué au quotidien

Je fais la même chose dans mon travail.
(avec certes une attention plus vive sur la cohérence et l’esthétique)

Ce qui nourrit mon regard ne se liste pas proprement. Des séries comme This Is Us, Dark ou The OA pour ne citer que les plus marquantes ces dernières années, qui jouent toutes avec le temps, la mémoire, ce qui circule invisiblement entre les personnes à travers les années. Virgin Suicides, Only Lovers Left Alive, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Melancholia (& tant d’autres..) et leurs images suspendues entre la beauté et la perte.

Des musiques intemporelles sur vinyle, pour ce rapport à la durée, à la matière, à quelque chose qui demande qu’on lui accorde du temps. Un imaginaire nourri par ce qui est onirique, nostalgique, légèrement hors du réel.

Tout ça s’ingère et se digère. Ça ressort dans la façon d’attendre la lumière, de sentir quand un moment bascule, de comprendre ce qui se passe entre deux personnes avant même qu’elles le comprennent elles-mêmes.

Une philosophie qui déborde dans le travail

Il y a quelque chose que j’ai mis du temps à formuler clairement.

Mon travail et ma vie ne sont pas des compartiments séparés. Fut un temps, j’aurais voulu, je l’ai même fait… Mais en vérité, ce que je traverse, ce que je lis, ce que j’écoute, les questions que je me pose sur le temps et la mémoire, les liens entre les gens, tout ça informe directement la façon dont je tiens un appareil. Plus encore : cela dirige par d’imperceptibles chemins la façon dont je vous traduis et vous restitue.

Je vis pour créer des souvenirs.

Une façon d’être au monde qui a précédé le métier, qui existait déjà dans les carnets d’enfance, les boîtes qui débordent de mots & bibelots, dans les photos d’animaux croisés par hasard, dans cette conviction que rien ne devrait disparaître sans avoir été regardé vraiment.

La photographie de portrait & mariage intimiste est l’endroit où cette façon d’être au monde rencontre quelque chose d’assez grand pour la contenir, finalement.

Complices plutôt que clients

Je ne travaille pas avec des profils-types ou des personas.
(le vocabulaire à consonance marketing me fait fuir, je pense que vous l’aurez saisi)

Je considère que je co-crée avec des gens.

Ce qui m’importe, c’est la sensibilité. Cette façon d’être des gens qui se posent des questions, qui mettent du sens derrière leurs choix, qui ne vivent pas leurs événements comme des cases à cocher ou des traditions à exécuter mais comme des chapitres qu’ils habillent et… qu’ils habitent, surtout.

Moodboard et collage photographique, archives personnelles et références visuelles, univers de photographe

Les mariages multiculturels, les séances en forêt entre une mère et son fils, les demandes en mariage au bord d’un lac, les anniversaires célébrés en altitude avec des vœux gardés sous scellé depuis un an : ce qui est commun à tous les moments qui m’ont marquée, c’est cette qualité d’attention que les gens avaient à ce qu’ils vivaient. Cette façon de tenir quelque chose de précieux entre leurs mains sans l’écraser.

Ces personnes-là, peu importe d’où elles viennent, reconnaissent quelque chose dans ce que je fais parce qu’elles aussi cherchent à donner de la forme aux petits riens. Des complices d’un regard. Jamais des clients d’un style.

Je photographie en Chartreuse, en Rhône-Alpes, et partout où une histoire m’appelle. Si quelque chose dans ces mots vous ressemble, vous saurez.

Le prix, et ce qu’il contient

Il y a une équation qui circule dans beaucoup, beaucoup d’esprits.

« Si tu aimes ce que tu fais, tu as déjà ta récompense. »
La passion comme salaire. Ce que tu fais devrait donc coûter moins cher.

Je comprends d’où ça vient. Je ne le prends pas personnellement. Mais j’ai envie d’y répondre parce que ce flou-là, ou du moins cette confusion, abîme clairement quelque chose.

Quand vous cherchez le prix le plus bas, vous cherchez souvent quelqu’un qui n’a pas encore eu le temps de construire ce dont je parle dans cet article. Tout le monde a le droit de choisir à la hauteur de ce qu’il peut investir. Mais savoir ce qu’un tarif contient, c’est aussi une façon de choisir avec les yeux ouverts.

Ce que vous investissez dans une photographe de mariage qui travaille comme moi, c’est une présence construite & affinée sur des années. Une façon de voir le monde éduquée en continu, par les films, les lectures, les séances ratées, les rencontres, les doutes & les résolutions.

Un regard. Celui-là ne s’achète pas au sens propre, pas tout fait…

Mais il se reconnaît et surtout il continue de se former tous les jours.

La lenteur comme résistance

Il y a quelque chose de contre-culturel dans ce que je cherche à faire.
Je sais et sens que je ne suis pas la seule à le cultiver. Le temps, la lenteur du temps, de sentir chaque grain tomber dans le sablier.

Dans un monde qui valorise la vitesse, la quantité, l’immédiateté, je travaille avec la lenteur.

Enfin, plus exactement avec l’attention.

Avec ce goût du moment vécu pour lui-même plutôt que pour l’image qu’il produira. Tous mes clients vous diront combien j’oublie totalement la montre quand on est ensemble. Tellement absorbée que je ne pense même pas à sortir mon téléphone pour de la création de contenu, pourtant si précieux sur les réseaux.

La photographie telle que je la pratique traverse le temps avec les gens qui la commandent. Elle est faite pour être regardée avec ce sentiment que quelque chose a été préservé, fixé, inclus à l’instant T. Ça demande de lui laisser de l’espace pour devenir ce qu’elle veut être, plutôt que de décider d’avance ce qu’elle doit prouver.

Une résistance douce. La conviction que certaines choses méritent du temps, de l’attention, et une compensation à la hauteur de ce qu’elles demandent.

Une dernière chose

Une invitation à regarder différemment la personne à qui vous confiez quelque chose d’aussi important qu’un chapitre de votre vie.

À voir dans son tarif la trace compressée d’années de formation silencieuse, d’oeuvres digérées, de ratés instructifs, de regard éduqué en continu.

À comprendre que quand vous lui faites confiance pour un mariage, une naissance, un portrait, vous lui demandez d’être présente à quelque chose qui vous appartient, avec tout ce qu’elle a construit pour être capable de le faire bien.

Et peut-être, aussi, à vous autoriser à vivre ces moments sans les regarder à travers l’écran de votre propre téléphone. À laisser quelqu’un d’autre s’occuper de la mémoire, pendant que vous êtes entièrement dans l’instant.

Dix ans pour un centième de seconde.

C’est ce que vous payez, quand vous choisissez bien, non ?

With love,
Lorelyne.

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8/13/2026

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