Jamie & Yoann habitaient place Saint-Jean, en plein Vieux Lyon, la cathédrale en face (au deuxième étage, je crois). Quand on s’est rencontrés ils venaient de déménager, je n’ai plus la date exacte mais c’était récent, et ils aimaient bien y repasser de temps en temps, histoire de se rappeler avant leur mariage de mai au Domaine de Tourieux,
C’est de là que tout est parti. D’une balade dans leur ancien quartier, un soir d’octobre pour leur love session, puis d’un mariage dans les Monts du Lyonnais.
Rendez-vous Passerelle de la Justice
Ils m’avaient donné rendez-vous un samedi d’octobre, à l’heure où le soleil commence à descendre. Le programme : retracer les contours de la balade qu’ils adoraient faire quand ils habitaient encore là.
Moi je ne connaissais pas ces rues, eux les connaissaient par cœur, et ce petit décalage a beaucoup aidé. Ils étaient sur leur fief & moi la touriste derrière l’appareil. Le familier les détendait, les impliquait, leur donnait envie de me montrer & faire les sous-titres. J’avais envie de leur offrir une nostalgie un peu adoucie, comme s’ils rentraient chez eux mais d’une autre manière, et surtout de l’immortaliser pour qu’ils ramènent un morceau de cette balade avec eux.
Après les quais de Saône, place Saint Jean, rue de la juiverie et une traboule, on a fini à La Crèmerie Lyonnaise, un verre de vin à la main, à découvrir qu’on avait des centres d’intérêt en commun (merci le jeu de rôle & le gaming), des amis en commun aussi. Au départ c’était pour le souvenir, pour le travail, et puis finalement ça s’est fait d’un point de vue personnel. Cette séance a scellé quelque chose.



Un air de maison de famille au Domaine de Tourieux
Le mariage avait lieu le samedi 11 mai, au milieu d’un week-end prolongé pour savourer le moelleux du nuage quand on fait la fête sans se soucier du temps qui passe. Il faisait encore doux, la lumière était tendre, et le Domaine de Tourieux a fait le reste : le lieu a l’allure d’une maison de famille qu’on aurait gardée & choyée avec sentimentalité : des pièces décorées avec goût, des recoins où l’on a envie de s’asseoir, et ce sentiment rare de rentrer chez soi en découvrant un endroit pour la première fois.
On s’y sentait tellement bien qu’on s’est surpris à vouloir l’acheter, tous les trois, et qu’on s’est réparti l’espace « je prends l’aile gauche et je vous laisse l’aile droite ». (& je tiens à souligner que je n’ai toujours pas reçu mes clés!)









Le nombre exact d’invités m’échappe, & finalement le chiffre importe peu : les images disent d’elles-mêmes combien il y avait cette atmosphère intimiste à hauteur d’humain, chacun se connaissait.
C’est le genre de mariage où je m’approche beaucoup pour ne rien perdre de ces détails assemblés avec soin et qui se répondent les uns les autres. Ces gros plans racontent leur façon de recevoir autant que les visages (j’en parle aussi dans Dix ans pour un centième de seconde).


Leurs choix, je les ai découverts en filigrane, au fil des heures Une décoration chinée, des détails fabriqués de leurs mains. Une tablée colorée & simple, une cuisine végétarienne & généreuse grâce à l’expertise du traiteur (mon royaume pour un bar à mozza comme celui-là), offerte à leurs invités comme une évidence. Et leurs alliances, taillées dans le bois par un atelier grenoblois par Ytak : porter à son doigt une matière qui a poussé quelque part, qui a connu des saisons avant de porter une promesse.








Le « blind look »
Avant la cérémonie, ils voulaient absolument passer du temps ensemble, se détendre, se reconnecter après tous les préparatifs, mais sans se voir, parce qu’ils tenaient à garder l’effet de surprise. Alors on a triché avec l’espace d’une pièce pour qu’ils puissent être ensemble sans se voir.
J’appelle ça un « blind look« , un first look à l’aveugle, et j’en parle régulièrement en rendez-vous avec les couples. Un first look à l’aveugle, où l’on s’entend, où l’on se parle, où l’on se cherche la main peut-être, et où les yeux attendent encore un peu. La voix de l’autre suffit à faire redescendre la tension. Et l’émotion de la découverte reste entière pour plus tard.



Ce moment m’a bouleversée, par sa poésie autant que par son évidence…
Une journée de mariage passe à toute allure. On y est entouré, sollicité, célébré, embrassé, photographié, et les instants à deux s’y font rares. On sort de mois de préparatifs, de listes, de décisions, et on plonge dans une effervescence qui ne laisse guère le temps de se regarder.
C’est surtout un sas de décompression. Après des semaines à réfléchir, organiser, décider, on plonge dans l’effervescence, entouré de tout le monde, avec très peu de moments seuls. Ce petit moment fait redescendre la tension avant de tout enchaîner. C’est une valeur que j’ai envie de défendre : n’oubliez pas que c’est une journée pour vous deux. On peut la vivre de plein de façons différentes, être aussi créatif qu’on veut, mais pensez à vous préserver, et à la vivre à deux.
Jamie, elle, tenait à ce que ses invités la découvrent avant Yoann. C’était important pour elle de se dévoiler comme ça. Lui ne l’a vue qu’au moment de la cérémonie : un first look, mais d’une autre manière. La photo est très chouette, je vous laisse juger de la tête des invités

Sous un arbre, un shot de génépi
La cérémonie laïque s’est tenue à l’ombre d’un grand arbre, portée par les mots de leurs proches.
Des prises de parole tour à tour drôles, graves, tremblantes, comme savent l’être celles des gens qui vous connaissent depuis longtemps et qui ont soudain quelques minutes pour dire tout ce qu’ils n’avaient jamais formulé. Je me fais toute petite pendant ces instants-là. Je cherche les réactions autant que les orateurs : une main qui serre plus fort, un rire qui se casse en larmes, un regard échangé au premier rang.








Pour clore, tout leur groupe d’amis s’est avancé pour partager un shot de génépi. Un petit rituel à eux, pour sceller l’instant, avec un goût de montagne au fond du verre & du chaud qui descend près du coeur.

« Pose l’appareil et viens »
Toute la journée, Jamie & Yoann m’ont demandé mon avis : sur ce que je voyais, sur mon esthétique, sur mon approche, au-delà des photos que j’allais faire. Ils m’ont incluse dans le paysage plutôt que de me traiter comme une prestataire de plus, et leurs invités ont fait pareil. J’ai refait le monde avec l’un d’eux, journaliste, et j’ai développé des moments complices avec presque tout le monde.
Leur première danse a été un grand éclat de rire. Sous les baffles de Dance Police.
Elle reste l’une de mes photos préférées du reportage, de celles qui donnent envie d’avoir été là.










Puis le bar à paillettes a ouvert les hostilités, et la soirée s’est mise à scintiller.
Je vais vous confier un secret…Mon contrat s’arrêtait à 1h. Je suis partie à 2h30.
Pourquoi ? Parce que trop de bons moments m’ont retenus, il y avait des discussions intenses et prenantes, drôles aussi & on ne cessait de me dire dès que j’amorçais le départ « mais si, viens boire un verre », puis « tu me dois une danse ». Et puis cette phrase, qu’on m’a dite en me prenant plus ou moins par la main : « pose l’appareil et viens ».
Le travail était fini, et on désirait ma présence pour autre chose que des images. C’est l’un des mariages où je me suis sentie à ma place, dans tous les sens du terme, désirée pour ce que je suis et pas uniquement pour ce que je venais apporter le jour J.
Depuis…
Quand je leur ai envoyé les premiers extraits, Jamie m’a répondu qu’elle avait failli pleurer au boulot en les voyant.
Quelques temps après, ils m’ont invitée chez eux pour que je leur remette leur coffret de tirages en mains propres. Il y a eu avant ça un apéro en terrasse et des rires francs, finalement…
Les mariés étaient devenus des copains.
Je regarde leurs images autrement désormais. Quand je vois leurs photos, je retrouve une voix, une blague, une ruelle du Vieux Lyon, un verre levé sous un arbre et mille autres détails.
Je photographie des mariages à Lyon, dans les Monts du Lyonnais, en Chartreuse & partout où une histoire m’appelle. Si la vôtre commence elle aussi par une adresse, je serais très heureuse qu’on en parle.
With love,
Lorelyne